jeudi 24 juillet 2014

Emprisonnement des journalistes : les Etats-Unis se disent « inquiets »

Les Etats-Unis, l’un des pays très à cheval sur le respect de cette liberté n’ont pas tardé à réagir face à l’emprisonnement des deux journalistes de Madagascar Matin. 

« Nous demeurons profondément inquiétés par l’utilisation de sanctions criminelles d’emprisonnement contre des journalistes pour des accusations de diffamation.
C’est complètement inadéquat par rapport aux charges portées contre eux », a réagi hier l’ambassadeur des Etats-Unis. Répondant à nos questions par e-mail, ce dernier explique que « La seule manière de régler la situation est d’utiliser pleinement le droit de réponse, une obligation à laquelle la presse doit se soumettre selon la loi ».
Le droit de réponse permet, en effet, à toute personne, physique ou morale, nommée ou encore désignée dans un média de faire publier sa version des faits. Et ce, afin de donner un complément d’information au public mais aussi à des journalistes. L’article 18 de la loi n° 90-031 du 21 décembre 1990 sur la communication stipule d’ailleurs que le directeur de la publication est tenu d’insérer gratuitement, en tête du plus prochain numéro du journal ou périodique, toutes les rectifications qui lui seront adressées par un dépositaire de l’autorité publique au sujet des actes de sa fonction qui auront été inexactement rapportés par ledit journal ou périodique.
Censure
Reporters sans frontières (RSF) n’est pas allé par quatre chemins pour dénoncer la situation. « Mettre deux journalistes en prison pour une affaire de diffamation est une mesure disproportionnée. Comment peut-on priver de liberté deux journalistes pour avoir publié une lettre ? Quelle menace représentent-ils pour la société ? Une telle sévérité fait naître le doute sur les motivations politiques qui ont pu pousser à cette incarcération », a déclaré à travers un communiqué Clea Kahn-Sriber. Le responsable du bureau Afrique de RSF se dit également inquiet de voir la Grande île revenir aux plus sombres heures de la censure. « Nous demandons la libération immédiate de ces deux journalistes qui n’ont rien à faire en prison », a martelé ce haut responsable de l’organisme international.
D’après toujours RSF, « Ces arrestations semblent confirmer l’assombrissement du climat de la liberté de l’information à Madagascar depuis l’élection du président Hery Rajaonarimampianina, le 20 décembre 2013 ». En tout cas, le monde des médias commence à s’interroger de l’avenir de la liberté de presse en attendant le code de la communication. Une situation à laquelle l’ambassade des Etats-Unis a aussi tenu à réagir. « Nous sommes optimistes que le ministre de la Communication réussira à mettre en œuvre ses priorités relatives aux réformes sur le code de la communication et à faire voter ce code par l’Assemblée nationale, dont l’un des impacts sera le changement de la diffamation en affaire civile que criminelle ».
Jao Patricius
Liberté provisoire rejeté
Le procès intenté contre Jean-Luc Rahaga et Didier Ramanoelina pour diffamation et diffusion de fausses informations s’est déroulé hier à Anosy. Le Tribunal, en attendant le verdict prévu pour demain, a décidé de garder les deux hommes en détention à Antanimora et ce après plus de trois heures d’audience. Et ce, en dépit de la demande de liberté provisoire par les avocats des accusés. Hier, les journalistes ont continué de montrer leur solidarité à travers un rassemblement devant le palais de la justice du début à la fin du procès. Et comme il fallait s’y attendre,  des politiciens en mal d’audience sont venus instrumentaliser le mouvement. La présence d’Alain Ramaroson, de Lalatiana Ravololomanana, du chanteur Sareraka ou encore de quelques éléments du Mapar. Un semblant de solidarité qui n’a pas été du gout de la majorité des journalistes présents sur les lieux.